The Exam : l’émancipation féminine à l’épreuve de la morale.

par | Sep 25, 2021 | Art

 

 

 

Bon nombre de films ont déjà abordé la condition des femmes en Asie occidentale pour ne citer que Le Cercle (2000) ou encore Hors jeu (2006) du cinéaste iranien Jafar Panahi. À tel point qu’écrire et réaliser avec originalité un film ressassant le même thème relève de la gageure. Avec The Exam (1h29, 2021), projeté pour la première fois en compétition officielle au Festival de Karlovy Vary, le cinéaste kurde Shawkat Amin Korkirelève le défi avec brio.

Réalisateur film

The Exam raconte l’histoire de Rojin, une jeune femme kurde déprimée à la suite de la disparition de son fiancé. Son père veut l’obliger à se marier avec quelqu’un d’autre. La seule perspective qui lui permettrait d’échapper à ce mariage forcé : réussir les examens d’entrée à l’université. Prise de compassion face à la situation de Rojin, Shilan, sa grande sœur, va l’aider coûte que coûte à réussir les examens quitte à recourir à la corruption et à la fraude. Subissant les affres d’un mariage forcé avec Sardar, un époux conservateur et despotique qui la maintient comme femme au foyer, Shilan aimerait que sa petite sœur ait une meilleure vie.

Côté scénario, Shawkat Amin Korki et Mohamed Reza Gohari, son coscénariste, ont réussi à écrire une histoire intéressante et bien menée. L’enjeu est très clair. Le suspense est savamment entretenu par des complications progressives au fur et à mesure que l’intrigue avance. Le moyen frauduleux employé par Rojin lors des examens consiste en un écouteur placé dans son oreille et à travers lequel elle écoute Shilan prononçant les bonnes réponses des questions à choix multiples données en amont par un professeur corrompu. Cependant, l’efficacité de ce moyen est remise en cause par Jamal, un surveillant suspicieux brillamment incarné par l’acteur kurde Shwan Attoof.

The exam

Lors des examens, ce dernier ira jusqu’à couper la connexion internet et le réseau téléphonique à l’intérieur de l’enceinte. Il détecte facilement les candidats au comportement suspect. Un jeune homme usant du même moyen frauduleux que Rojin s’est d’ailleurs déjà fait prendre. Ce qui place la protagoniste dans une situation périlleuse. Par ailleurs, entièrement engagée pour aider Rojin durant les jours des examens, Shilan est de plus en plus absente au foyer. Sardar s’en aperçoit et veut faire un rappel à l’ordre. Le fait que ce dernier, insatisfait de sa progéniture, une fille, et cherchant à obliger Shilan à enfanter de nouveau dans l’espoir d’avoir un fils, ajoute une dimension de plus au réseau de conflits déjà complexe. Cela traduit également la considération des femmes comme étant inférieures aux hommes dans une société patriarcale.

Critique film

Enfin, The Exam bénéficie d’une réalisation simple et d’un montage fluide en parfaite adéquation avec chaque situation. Il s’agit d’une histoire foisonnant d’évènements au suspense haletant, centrée sur deux sœurs qui poursuivent une cause légitime : l’émancipation. Ces personnages sont si attachants à tel point que l’immoralité du moyen auquel ils ont recours pour s’efforcer de parvenir à leur fin apparait comme un mal nécessaire.

 

Rédacteur du Café: Aina Randrianatoandro

Critique de cinéma freelance

Un des membres fondateurs et membres du bureau de l’Association des Critiques Cinématographiques de Madagascar (ACCM)